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Archive pour 2.7.2010
Il y a 110 ans, naissait Saint-Exupéry !
2.7.2010 par admin.
La philosophie du Petit-Prince…
Le récit se présente sous une forme illustrée, et prend un caractère immédiat de biographie. Il est difficile de dire alors à quel genre de situation nous allons avoir à faire : une rêverie, une expérience mystique, ou une rencontre du troisième type? Une chose est sûre, c’est que Saint-Exupéry se présente comme un homme incompris, ou alors qui dessine trop mal pour l’être, ou encore qui est trop original, particulier pour être profondément saisi.
Ainsi l’œuvre s’ouvre sur un avertissement : il ne faut pas se fier aux apparences et saisir un ensemble, ne pas toujours s’arrêter au détail pour saisir l’universalité des choses, aller au fond des êtres pour savoir qui ils sont.
Saint-Exupéry renoncera à une carrière de peintre, s’instruira, deviendra pilote, avec cette nostalgie du peintre refoulé. Il sera malgré tout tenace puisqu’il proposera souvent l’analyse de son dessin, espérant qu’un jour il serait vu pour ce qu’il représente réellement, ou à défaut reconnu par compréhension, tolérance. Malgré sa désillusion et ses sentiments à l’égard des grandes personnes, il espérait … « Quand j’en rencontrais une qui me paraissait un peu lucide, je faisais l’expérience sur elle de mon dessin numéro 1 que j’ai toujours conservé. Je voulais savoir si elle était vraiment compréhensive. Mais toujours elle me répondait : « C’est un chapeau ». Alors je ne lui parlais ni de serpents boas, ni de forêts vierges, ni d’étoiles. Je me mettais à sa portée. »
Saint-Exupéry avoue donc « J’ai ainsi vécu seul, sans personne avec qui parler véritablement ». Je ne pouvais m’empêcher ici de convoquer notre ami Descartes. Lui qui était seul dans sa méditation offre quelque similitudes avec Saint-Exupéry. Et pour ceux qui aurait quelque doute, j’ajouterai qu’il évoque lui aussi la solitude, le solipsisme nécessaire à la pensée. « Discours que je me tiens à moi-même » nous dit Platon. Et lorsque Descartes évoque pour la première fois autrui, à la Seconde méditation c’est pour nous dire « Lorsque je regarde par la fenêtre je ne vois que des manteaux et des chapeaux » .
Nous y voilà, il voit lui aussi un chapeau sans savoir ce qui se cache dessous. Bien entendu, il ne voit pas un serpent boa qui digère un éléphant, une conscience qu’il ne peut démontrer puisque ce n’est pas la sienne. Descartes est un peu trop rationaliste puisqu’il n’est pas capable de voir ce qui se cache sous les apparences, mais en suspendant sa pensée, il est comme Saint-Exupéry seul dans sa méditation, seul dans son doute. Par là-même il confirme que ce qui se montre, ce qui nous apparaît n’est pas forcément vrai. Ainsi la vérité se cache et demande à être démontrée, dévoilée. Il faut donc soupçonner l’expérience sensible, et admettre qu’elle est source d’illusion. (illudere = se jouer de). Saint-Exupéry se veut donc cartésien.
Pour renforcer encore ce sentiment de solipsisme, n’oublions pas qu’il va situer son aventure en plein désert. Le mot « solitude » conjugue un sentiment d’abandon et de paysage désertique. Ainsi l’auteur de toute évidence veut dire sa solitude physique et morale, son abandon, son désert affectif lié à l’incompréhension.
Son expérience va donc se produire en plein désert, suite à une panne (peur de la page blanche, la panne de l’écrivain) ou dans sa tête tout simplement, suite à un choc émotionnel, une forme de rupture avec le monde trouble et intolérant qui l’entoure « Quelque chose s’était cassé dans mon moteur » (avec la nécessité psychologique et vitale de faire le point). En tous cas, cette situation est urgente. Il faut s’en sortir : physiquement et moralement. Un second impératif s’impose : la survie. « je me préparai à essayer de réussir, tout seul, une réparation difficile. C’était pour moi une question de vie ou de mort. » . Deux analyses sont possibles : soit l’expérience est réelle et il faut agir vite et avec sang froid ; soit l’expérience est psychologique et si la tentative de se réconcilier avec les autres échoue, l’on peut penser que le suicide est suggéré. Ainsi la question de la vie ou de la mort, ici, nous rappelle le spectre shakespearien du « to be or not to be » ou même de Camus qui affirme que : « le premier problème philosophique c’est le suicide, le moment de savoir si la vie vaut la peine ou non d’être vécu ».
Enfin, c’est le réveil, étonnant comme l’étonnement naïf du grec antique, qui s’interroge sur son origine et son devenir afin de trouver la réponse en lui. N’oublions pas la maxime socratique « connais toi toi-même ! » qui nous livre un commandement et une maxime. La quête doit se faire intérieure, et la maïeutique nous enseigne que la vérité est en nous. Alors le Petit Prince n’est peut être qu ‘une rencontre avec soi même un désir au sens freudien de demeurer enfant, et surtout une volonté de rêver à cet état particulier où sous le couvert de l’étonnement nous allions à la rencontre du monde, sans arrière pensée, avec vérité et spontanéité. (même si par la suite la dure réalité peut nous rappeler que la vie est dure et que l’enfance n’est qu’une période à l’égard de ce qui nous attend ensuite.) Ainsi au réveil, ou encore sous l’effet du sommeil car après tout si l’on reste cartésien au regard de la première méditation : qu’est-ce qui nous permet de distinguer la veille du sommeil ? nous ne le savons pas tant que nous n’avons pas connu deux nuits consécutives (un jour une histoire, une nuit une autre, un jour la suite de la première histoire, et enfin une nuit où le rêve diffère de celui de la première nuit : donc il n’y a pas de continuité, mais pour cela il nous faut par expérience attendre deux jours et deux nuits) il y a une petite voix qui s’exprime : est-ce la conscience ? En tous cas c’est ce que Saint-Exupéry nomme le Petit Prince. Et à ce stade de l’analyse, nous ne pouvons affirmer définitivement si Saint-Exupéry rêve ce qu’il va ensuite écrire où s’il nous livre un rêve éveillé, à savoir une évasion imaginaire, ou bien un retour dans son passé (dans son enfance par le biais d’un malaise inconscient), un fait réel (à savoir une panne) ou encore une rencontre du troisième type (ceci serait alors un récit fantastique, ou mystique). La question reste pour l’heure entière mais par l’analyse philosophique prend de l’ampleur. (parce qu’à la première lecture, toutes ces possibilités n’apparaissent pas ? ou alors j’ai peu d’esprit : quelqu’un d’entre vous a-t-il pensé tout cela à la simple découverte de cette heure ? non, vous me rassurez, oui, vous êtes un géni, et vous devriez prendre ma place pour nous livrer la suite de l’analyse !) car pour ma part, j’ai longuement réfléchi avant de vous livrer ceci.
Alors tout ceci modifie l’aspect du Petit Prince.
Soit il s’agit d’une rencontre banale (mais le récit nous prouve que non), soit d’une rencontre du troisième type (et tout s’y prête avec l’histoire de sa planète qui n’est pas la notre), soit c’est un inconscient qui ressurgit (à 6 ans incompris, six ans plus tôt la rencontre, est-ce une résurgence du passé ?) justement en un être incompris, comme s’il venait d’une autre planète; alors l’histoire du Petit Prince serait celle d’une névrose : alors à l’heure où je vous parle Freud doit s’en frotter les mains, heu ! les os).
Soit il s’agit d’une conscience qui s’interroge sur l’absurdité de l’existence : (naître pour mourir), et sur son humanité : (comment dépasser sa misanthropie, et apprendre à aimer son prochain, même s’il ne fait pas preuve de tolérance à notre égard, même s’il ne se fie qu’aux apparences, qu’aux qu’en dira-t-on ? et qu’il juge sans savoir).
Pour ma part je retiendrai la dernière solution et pour moi, le Petit Prince est l’acte d’une conscience qui veut avant d’en finir avec autrui lui lancer un appel ultime à la tolérance et à un humanisme qui lui fait tant défaut. La fraternité ne peut se répendre que pour des êtres réconciliés avec eux-mêmes et capables de s’apprivoiser. Ils sont alors en mesure d’habiter le monde et d’ouvrir un espace de relations.
Ainsi voyez-vous l’importance du propos de Saint-Exupéry ? Ce livre est digne d’un manuel d’Epictète, il tient dans la main, et contient toute la morale d’une quête vers la fraternité.
Prochainement en conférence… L’enquête philosophique sur le Petit Prince et l’amour !
(conférences programmées en octobre et prochainement annoncées dans l’agenda !)
L.V.V
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