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Il y a 110 ans, naissait Saint-Exupéry !

La philosophie du Petit-Prince… 

petitprince1.jpgLe récit se présente sous une forme illustrée, et prend un caractère immédiat de biographie. Il est difficile de dire alors à quel genre de situation nous allons avoir à faire : une rêverie, une expérience mystique, ou une rencontre du troisième type? Une chose est sûre, c’est que Saint-Exupéry se présente comme un homme incompris, ou alors qui dessine trop mal pour l’être, ou encore qui est trop original, particulier pour être profondément saisi.

Ainsi l’œuvre s’ouvre sur un avertissement : il ne faut pas se fier aux apparences et saisir un ensemble, ne pas toujours s’arrêter au détail pour saisir l’universalité des choses, aller au fond des êtres pour savoir qui ils sont.
Saint-Exupéry renoncera à une carrière de peintre, s’instruira, deviendra pilote, avec cette nostalgie du peintre refoulé. Il sera malgré tout tenace puisqu’il proposera souvent l’analyse de son dessin, espérant qu’un jour il serait vu pour ce qu’il représente réellement, ou à défaut reconnu par compréhension, tolérance. Malgré sa désillusion et ses sentiments à l’égard des grandes personnes, il espérait … « Quand j’en rencontrais une qui me paraissait un peu lucide, je faisais l’expérience sur elle de mon dessin numéro 1 que j’ai toujours conservé. Je voulais savoir si elle était vraiment compréhensive. Mais toujours elle me répondait : « C’est un chapeau ». Alors je ne lui parlais ni de serpents boas, ni de forêts vierges, ni d’étoiles. Je me mettais à sa portée. »
Saint-Exupéry avoue donc « J’ai ainsi vécu seul, sans personne avec qui parler véritablement ». Je ne pouvais m’empêcher ici de convoquer notre ami Descartes. Lui qui était seul dans sa méditation offre quelque similitudes avec Saint-Exupéry. Et pour ceux qui aurait quelque doute, j’ajouterai qu’il évoque lui aussi la solitude, le solipsisme nécessaire à la pensée. « Discours que je me tiens à moi-même » nous dit Platon. Et lorsque Descartes évoque pour la première fois autrui, à la Seconde méditation c’est pour nous dire « Lorsque je regarde par la fenêtre je ne vois que des manteaux et des chapeaux » .
petitprince6.jpgNous y voilà, il voit lui aussi un chapeau sans savoir ce qui se cache dessous. Bien entendu, il ne voit pas un serpent boa qui digère un éléphant, une conscience qu’il ne peut démontrer puisque ce n’est pas la sienne. Descartes est un peu trop rationaliste puisqu’il n’est pas capable de voir ce qui se cache sous les apparences, mais en suspendant sa pensée, il est comme Saint-Exupéry seul dans sa méditation, seul dans son doute. Par là-même il confirme que ce qui se montre, ce qui nous apparaît n’est pas forcément vrai. Ainsi la vérité se cache et demande à être démontrée, dévoilée. Il faut donc soupçonner l’expérience sensible, et admettre qu’elle est source d’illusion. (illudere = se jouer de). Saint-Exupéry se veut donc cartésien.
Pour renforcer encore ce sentiment de solipsisme, n’oublions pas qu’il va situer son aventure en plein désert. Le mot « solitude » conjugue un sentiment d’abandon et de paysage désertique. Ainsi l’auteur de toute évidence veut dire sa solitude physique et morale, son abandon, son désert affectif lié à l’incompréhension.

Son expérience va donc se produire en plein désert, suite à une panne (peur de la page blanche, la panne de l’écrivain) ou dans sa tête tout simplement, suite à un choc émotionnel, une forme de rupture avec le monde trouble et intolérant qui l’entoure « Quelque chose s’était cassé dans mon moteur » (avec la nécessité psychologique et vitale de faire le point). En tous cas, cette situation est urgente. Il faut s’en sortir : physiquement et moralement. Un second impératif s’impose : la survie. « je me préparai à essayer de réussir, tout seul, une réparation difficile. C’était pour moi une question de vie ou de mort. » . Deux analyses sont possibles : soit l’expérience est réelle et il faut agir vite et avec sang froid ; soit l’expérience est psychologique et si la tentative de se réconcilier avec les autres échoue, l’on peut penser que le suicide est suggéré. Ainsi la question de la vie ou de la mort, ici, nous rappelle le spectre shakespearien du « to be or not to be » ou même de Camus qui affirme que : « le premier problème philosophique c’est le suicide, le moment de savoir si la vie vaut la peine ou non d’être vécu ».

petitprince3.jpgEnfin, c’est le réveil, étonnant comme l’étonnement naïf du grec antique, qui s’interroge sur son origine et son devenir afin de trouver la réponse en lui. N’oublions pas la maxime socratique « connais toi toi-même ! » qui nous livre un commandement et une maxime. La quête doit se faire intérieure, et la maïeutique nous enseigne que la vérité est en nous. Alors le Petit Prince n’est peut être qu ‘une rencontre avec soi même un désir au sens freudien de demeurer enfant, et surtout une volonté de rêver à cet état particulier où sous le couvert de l’étonnement nous allions à la rencontre du monde, sans arrière pensée, avec vérité et spontanéité. (même si par la suite la dure réalité peut nous rappeler que la vie est dure et que l’enfance n’est qu’une période à l’égard de ce qui nous attend ensuite.) Ainsi au réveil, ou encore sous l’effet du sommeil car après tout si l’on reste cartésien au regard de la première méditation : qu’est-ce qui nous permet de distinguer la veille du sommeil ? nous ne le savons pas tant que nous n’avons pas connu deux nuits consécutives (un jour une histoire, une nuit une autre, un jour la suite de la première histoire, et enfin une nuit où le rêve diffère de celui de la première nuit : donc il n’y a pas de continuité, mais pour cela il nous faut par expérience attendre deux jours et deux nuits) il y a une petite voix qui s’exprime : est-ce la conscience ? En tous cas c’est ce que Saint-Exupéry nomme le Petit Prince. Et à ce stade de l’analyse, nous ne pouvons affirmer définitivement si Saint-Exupéry rêve ce qu’il va ensuite écrire où s’il nous livre un rêve éveillé, à savoir une évasion imaginaire, ou bien un retour dans son passé (dans son enfance par le biais d’un malaise inconscient), un fait réel (à savoir une panne) ou encore une rencontre du troisième type (ceci serait alors un récit fantastique, ou mystique). La question reste pour l’heure entière mais par l’analyse philosophique prend de l’ampleur. (parce qu’à la première lecture, toutes ces possibilités n’apparaissent pas ? ou alors j’ai peu d’esprit : quelqu’un d’entre vous a-t-il pensé tout cela à la simple découverte de cette heure ? non, vous me rassurez, oui, vous êtes un géni, et vous devriez prendre ma place pour nous livrer la suite de l’analyse !) car pour ma part, j’ai longuement réfléchi avant de vous livrer ceci.

Alors tout ceci modifie l’aspect du Petit Prince.

Soit il s’agit d’une rencontre banale (mais le récit nous prouve que non), soit d’une rencontre du troisième type (et tout s’y prête avec l’histoire de sa planète qui n’est pas la notre), soit c’est un inconscient qui ressurgit (à 6 ans incompris, six ans plus tôt la rencontre, est-ce une résurgence du passé ?) justement en un être incompris, comme s’il venait d’une autre planète; alors l’histoire du Petit Prince serait celle d’une névrose : alors à l’heure où je vous parle Freud doit s’en frotter les mains, heu ! les os).
Soit il s’agit d’une conscience qui s’interroge sur l’absurdité de l’existence : (naître pour mourir), et sur son humanité : (comment dépasser sa misanthropie, et apprendre à aimer son prochain, même s’il ne fait pas preuve de tolérance à notre égard, même s’il ne se fie qu’aux apparences, qu’aux qu’en dira-t-on ? et qu’il juge sans savoir).
 

Pour ma part je retiendrai la dernière solution et pour moi, le Petit Prince est l’acte d’une conscience qui veut avant d’en finir avec autrui lui lancer un appel ultime à la tolérance et à un humanisme qui lui fait tant défaut. La fraternité ne peut se répendre que pour des êtres réconciliés avec eux-mêmes et capables de s’apprivoiser. Ils sont alors en mesure d’habiter le monde et d’ouvrir un espace de relations.

Ainsi voyez-vous l’importance du propos de Saint-Exupéry ? Ce livre est digne d’un manuel d’Epictète, il tient dans la main, et contient toute la morale d’une quête vers la fraternité.

Prochainement en conférence… L’enquête philosophique sur le Petit Prince et l’amour ! 

(conférences programmées en octobre et prochainement annoncées dans l’agenda !) 

L.V.V

1900 : Ces femmes qui pensent !

De toute évidence, l’égalité des sexes semble difficile à concevoir : physiquement, intellectuellement, dans les droits, l’égalité des chances, des salaires… Peut-être aussi parce que parfois on a tout mélangé ! La lutte pour l’égalité a dévié en guerre des sexes et finalement s’est transforrmée en revendications féministes, excessives, voir absurdes, et en mauvaise fois masculines, bouclier efficace à toutes discussions possibles.

Constatons toutefois que l’orgueil masculin a souvent nié l’efficace des femmes et l’on a souvent relégué la place des femmes au rang de second rôle : dans certains corps de métiers, on a limité leur accès aux grades supérieurs; en médecine, longtemps la femme s’est vue fermé la porte des spécialités “nobles” : chirurgie, cardiologie, etc et on l’a cantonné bien trop souvent au poste d’infirmière; il en est de même en ce qui concerne les postes d’enseignant, l’université était essentiellement accessible aux hommes et le poste d’institutrice a semblé bien souvent lui convenir.

Les ouvrages d’histoire de la philosophie ne mentionnent que trés rarement les théories des femmes à l’exception de Anna Arendt ou encore Simone Weil, les autres sont les grandes oubliées. A croire qu’elles ne savent pas penser ! Ou plutôt, peut-être croit-on qu’elles sont incapable d’accéder aux grandes abstractions scientifiques - qu’elles soient philosophiques, ou mathématiques.

Ainsi, les femmes sont davantage considérées comme des “femmes de lettres”, des “écrivains” bien plus que comme des penseurs ou des philosophes. Ce qui semble conférer un manque de rigueur à leurs écrits, comme s’ils étaient marqués par une connotation émotive, par leur sensiblerie ou leur romantisme exacerbé.

Trop souvent, donc, on fait l’impasse sur ses femmes philosophes, comme si leurs écrits étaient peu convaincants ou pas assez sérieux. Comme si, avant même de les avoir lus, on avait considéré qu’elles n’allaient écrire que des pensées simplistes, non structurées. Comme si la femme était incapable d’écrire sur un autre sujet qu’elle-même, comme si son travail de réflexion se limitait aux propos féministes. C’est pourquoi il est important d’affirmer l’existence des femmes philosophes, l’ingéniosité de leurs systèmes philosophiques. Il faut leur rendre justice : cessons de minimiser leur importance et la qualité de leurs réflexions.

L.V.V

Les fondements du politique

Si la souveraineté renvoie à l’idée d’une autorité suprême, il semble qu’il s’agit alors du principe qu’elle incarne, ou de l’individu au-dessus duquel il n’y a rien de plus élevé. La vie en société soulève une complexité combinatoire qu’une souveraineté se doit de pouvoir contenir, celle de l’impétuosité des passions humaines liées à la dissension des intérêts et des estimations potentielles qui doivent conduire à une société pacifique. La souveraineté, outre le devoir de se maintenir, se doit aussi, pour observer son rôle, de gérer et d’organiser ses différents aspects. En fait, la souveraineté doit au préalable s’instituer. Vouloir fonder le politique, c’est penser le fondement à travers la métaphore architecturale, qui renvoie à l’idée de fondation sur laquelle se construit l’édifice. Ce n’est pas sans nous rappeler la démarche cartésienne pour qui l’édifice lézardé de la connaissance doit être détruit afin de rebâtir, cette fois-ci, le savoir sur des bases solides. Cette question semble se poser aux philosophes affectés ou impliqués dans une vie sociale mouvementée ou corrompue, dans la mesure où leurs existences sont liées à la vie collective : souvent au cœur des débats, ils sont parfaitement au courant des préoccupations de la Cité. En des époques différentes, Rousseau et Hobbes ont élaboré des systèmes politiques où communément nous observons l’apparition du contrat. Aussi sommes-nous en droit de nous interroger sur l’organisation et l’élaboration de tels contrats. Sur quoi repose donc la nécessité du contrat ? Rousseau et Hobbes nous offrent-ils au regard de leurs doctrines un contrat analogue ou contradictoire ?Et enfin quel est le but essentiel du contrat, servir l’homme ou les intérêts de la souveraineté ?

 

Pourquoi est-il nécessaire de recourir au contrat ? Sur quoi se fonde-t-il ? pour répondre à nos première question nous allons être obligés de faire un détour par l’état de nature qui est au fondement des théories du contrat. La notion « d’état de nature » fut couramment utilisée au XVIIème siècle par les philosophes. Cependant elle est contemporaine de la naissance de la philosophie, et ceux qui s’étaient préoccupés de cette notion dés l’Antiquité étaient en général des physiciens tels qu’Aristote, Héraclite, Lucrèce … etc, et ils considéraient la nature comme ce qui renvoie à l’acte, à la disposition de se réaliser c’est-à-dire de se produire. Ce qui nous amène à la genèse, aux principes qui sont à l’origine des lois de l’évolution et de la conservation.

Dans son évolution, ce terme prit un autre sens et paradoxalement semblait même s’opposer, pour certains philosophes, à l’idée de loi. Il parait alors désigner la situation d’un groupe d’hommes non civilisé, n’ayant pas accédé à une organisation sociale, ni institutionnelle. Nous pouvons même dire qu’il s’agit d’un stade antérieur à celui du social, dans lequel les hommes sont livrés à eux-mêmes. Il s ’agit d’un état premier et théorique qui touche les hommes alors qu’ils n’ont pas encore d’organisation sociale qui puisse les tenir en respect. L’état de nature n’est cependant pas à placer hors du temps, dans le long sillage de l’origine, il s’agit en fait de la recherche du fondement de l’humanité. Même si cette notion est saisie comme une fiction, Rousseau affirmant même que « ce n’est pas une légère entreprise de démêler ce qu’il y a d’originaire et d’artificiel dans l’état de l’homme… »1, elle n’est pas dénuée d’intérêt car elle s’impose comme une hypothèse au fondement de théories politiques et a, en ce sens valeur d’hypothèse scientifique, puisque « cet homme n’existe pas direz-vous, soit mais il peut exister par supposition »2. L’homme naturel n’est donc ni antérieur, ni extérieur à la société, et il nous appartient de retrouver sa forme immanente à la condition sociale. Rien n’est interdit dans l’état de nature, puisque la loi n’est pas encore instaurée et que chacun ordonne sa vie à sa survie. Chez Rousseau par exemple, les hommes s’occupent dans une vie simple et tranquille, à des tâches qu’ils réalisent en corrélation avec la nature, mais aussi en vue du bien-être. « Tant que les hommes se contentèrent de leurs cabanes rustiques, tant qu’ils se bornèrent à coudre leurs habits de peaux avec des épines ou des arêtes, à se parer de plumes et de coquillages, à se peindre le corps de diverses couleurs, à perfectionner ou embellir leurs arcs et leurs flèches, à tailler avec des pierres tranchantes quelques canots de pêcheurs ou quelques grossiers instruments de musique (…) ils vécurent libres, sains, bons et heureux autant qu’ils pouvaient l’être par leur nature… »3. L’état de nature est ainsi conçu comme étant un état d’abondance, d’indépendance et d’innocence, où les hommes ne sont mus que par deux sentiments naturels : - le désir naturel de conservation de soi, que Rousseau nomme amour de soi, et - la pitié qui nous fait éprouver de la compassion devant la souffrance de nos semblables. Rien de ces sentiments naturels ne semble évoquer la méchanceté, le désir de domination et de possession remarqué chez Hobbes. Cependant cet état agréable sera à jamais corrompu et gâché lorsqu’un homme s’écrira ceci est à moi ! affirmant alors sa supériorité sur les autres par la propriété privée, mais aussi car à partir de ce jour les hommes vécurent dans des rapports de dépendance négatifs, par le besoin. Les uns se faisant les esclaves des autres au rythme des moissons et des vendanges, laissant alors à la sueur de leur front paraître leur misère. Le mal social est alors la résultante des maux que les individus s’infligent l’un à l’autre et chacun à lui-même. Mais comme nous l’avons affirmé cet état de nature est à envisager sur le plan théorique. En effet, lorsque nous observons un groupe d’hommes vivant ensemble, qu’ils soient ou non membres d’une même famille, il semble qu’il soit gérer par un minimum de règles sociales. Une sorte d’autorité s’est imposée qu’elle soit patriarcale, ancestrale ou même qu’elle repose sur un chef, et il n’est pas nécessaire que l’Etat apparaisse pour qu’il y ait surgissement du pouvoir.

Il semble en effet, qu’Aristote soit le seul à concevoir que par nature l’homme soit un être social. Plus exactement, il considère que par nature l’homme est destiné à vivre dans une cité, puisque à travers elle, il trouve son humanité et réalise sa sociabilité. « La cité est au nombre des réalités qui existent naturellement et l’homme est par nature un animal politique »4. Mais bien avant même l’existence de la cité, l’homme éprouve le besoin de s’associer à la femme afin d’établir des relations amoureuses mais aussi en vue de la reproduction. Le groupe domestique comprenant le père, la mère, les enfants, et les esclaves, constitue la forme la plus élémentaire de l’association issue de la nature. « L’amour entre mari et femme semble bien être conforme à la nature car l’homme est un être naturellement enclin à former un couple »5. Lorsque diverses familles s’associent, elles forment le village où chacun satisfait à ses besoins immédiats. L’homme trouve alors dans la cité, la possibilité d’échanges économiques, mais aussi par la vie en communauté, il accède au bonheur par la vertu et le respect de la justice. C ‘est donc bien, d’après Aristote, par une inclination naturelle que l’homme s’associe à ses congénères. Cependant, d’autres auteurs pensent que la sociabilité est purement conventionnelle. Dés lors, et à l’inverse, l’état de nature se présente comme un état représentatif et théorique de ce que sont les rapports entre les hommes lorsqu’ils ne sont tenus par aucune règle ou loi sociale.

1- Préface au Second discours sur l’origine de l’inégalité parmi les hommes

2- J.J. Rousseau, Lettre à Christophe de Beaumont.

3- Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, seconde partie.

4- La Politique, L I

5- Ethique à Nicomaque, L VIII

Astronomie et Mathématiques

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La conception de l’espace, du ciel n’a pas toujours été liée aux mathématiques. Dans les cités primitives, notamment, les hommes reliaient par crainte et superstition les phénomènes du ciel aux divinités et à des événements terrestres. Cette conception véhiculait également un ensemble d’interprétations fortuites qui tenait lieu de justifications.

Dès l’Antiquité grecque, on remarque que les philosophes proposèrent une conception géographique du ciel. Ils en établirent la carte. Par suite, Aristote perçut le mouvement des astres. Il pensait en effet, que l’univers était mu à l’origine par un principe “premier moteur de l’univers : Dieu”. Ce dernier avait donc transmis cette animation, cette possible mobilité des astres et des choses. Ptolémée, quant à lui, défendait l’idée d’un monde conçu comme mouvement, avec en son centre : la Terre.

Mais Copernic viendra changer cette conception de l’ordre des choses, ramenant le spectateur à son humilité : l’homme ne sera plus un simple observateur immobile devant un monde en plein mouvement, s’offrant à son regard comme une représentation théâtrale. L’homme appartient également à ce monde, il en est un des éléments parmi beaucoup d’autres. Il en fait partie, ce qui réduit sa prétention. L’homme relativise alors sa place dans l’univers.

Que s’est-il passé pour que cette conception du ciel à laquelle l’homme était rivée soit révisée ?

Galilée a proposé une autre formulation de l’univers. Par le langage mathématique, il a affirmé une codification, une géométrisation des phénomènes perçus. Newton a, quant à lui, énoncé une loi de la gravitation universelle, pour expliquer le mouvement des astres.

Ainsi, entre cette pensée antique et cette conception moderne, il ne faut pas tant noter ce qui est différent, mais plutôt, ce qui considérablement les unit : la notion de force. Mais, de toute évidence, les phénomènes, au risque de se confondre avec ce langage mathématique, de se réduire à l’équation, lui résistent.

C’est pourquoi aujourd’hui, se donne à voir un espace plus grand, avec plusieurs mondes (ou galaxies) et nous pouvons affirmer l’existence d’un agrégat.

Au lieu d’observer un univers dans un ciel, nous voyons des objets, tous singuliers.

Ainsi l’histoire philosophique de l’astronomie révèle que trois grandes pensées l’ont marquée :

- une conception antique qui évoquait déjà un paysage fini composé d’étoiles, conçu toutefois dans sa mobilité.

- puis, une conception mathématique viendra balayer la réalité concrète du phénomène, au profit d’une abstraction codifiée.

- enfin, s’est substitué un paysage infini d’astres, en mouvement, concret : un univers de diversité et de singularité qui finalement s’exprime dans un langage physique et poétique. Nos astronomes observent donc des beautés célestes qui répondent aux doux noms de : supernovae, la chevelure de Bérénice, étoile double, la grande nébuleuse, amas stellaires…

Ainsi, comme l’écrivait Mach : “La science ne se présente pas avec la prétention d’être une explication complète du monde, mais avec la conscience de travailler à une conception future de l’univers”.

L.V.V

 

Einstein : la relativité des connaissances

De toute évidence, les grands savants, auteurs de théories originales, ne peuvent être indifférents à la réflexion philosophique. Einstein ne se distingue pas des autres, nous le constatons notamment lorsque nous faisons la lecture de son ouvrage Comment je vois le monde. Il nous livre alors un ensemble de sages réflexions sur le monde, les devoirs des scientifiques et des politiques. Il aimait à dire, par exemple, à propos des richesses :

“Toutes les richesses du monde, fussent-elles entre les mains d’un homme totalement acquis à l’idée de progrès, ne permettront jamais le moindre développement moral de l’humanité. Seuls, des êtres humains exceptionnels et irréprochables suscitent des idées généreuses et des actions sublimes . Mais l’ argent pollue toute chose et dégrade inexorablement la personne humaine. Je ne peux comparer la générosité d’un Moïse , d’un Jésus ou d’un Gandhi et la générosité d’une quelconque fondation Carnegie.”

A cela s’ajoute que la répercussion de ses idées se fait profondément sentir dans le domaine de la philosophie, notamment en épistémologie.

Notons toutefois que les spéculations des savants n’obéissent pas en général à des considérations a priori et ne dérivent pas d’un monde subjectif. Les scientifiques se placent donc d’emblée dans la réalité, pratiquent des expériences afin de vérifier la justesse de leurs théories. Pourtant, pour certains d’entre eux, leurs découvertes renouvellent complètement l’interprétation de l’univers. C’est ainsi que nous pouvons remarquer, par exemple, l’importance de Copernic, Galilée et Newton en physique et constater également qu’ils ont nettement influencer la philosophie.

La théorie de la relativité d’Einstein a, de toute évidence, révolutionné la conception de l’univers physique. Brunschvicg affirmera à ce propos en 1922, dans son ouvrage intitulé de L’expérience humaine et la causalité physique :

“Il ne s’agit plus d’ajouter un dernier chapitre à un traité de physique contemporaine; il s’agira de récrire les premières pages du système du monde, en révisant jusque dans ses fondations l’architecture de l’édifice newtonien”.

Einstein dira également à ce sujet en 1949 dans ses Notes autobiographiques : “Newton, excuse-moi! La voie que tu as ouverte était la seule qu’un homme doué d’une intelligence brillante et d’un esprit créateur pouvait trouver à l’époque. Les concepts que tu as élaborés guident encore aujourd’hui nos raisonnements en physique, même si nous savons qu’il nous faut désormais les remplacer par d’autres concepts qui, plus éloignés de l’expérience directe, nous permettront seuls de parvenir à une compréhension plus profonde des relations entre les choses”

Ce qui importe, pour comprendre le cheminement d’Einstein, c’est de voir l’influence de la pensée philosophique dans sa démarche scientifique. De montrer que l’homme de science était aussi investi de ses devoirs. Il avait conscience de la nécessité pour le scientifique de protéger le monde de ses découvertes. A l’image de Rabelais qui affirmait que “science sans conscience n’est que ruine de l’âme,” les différentes réflexions d’Einstein nous montrent les préoccupations d’un homme, qui avait compris les possibles dangers de ses nobles découvertes, si des hommes les détournaient de leurs objectifs techniques ou scientifiques premiers.

Nous constatons alors que derrière le scientifique de géni se cache non pas un “fou”, un insouciant mais au contraire un partisan du pacifisme et d’un contrôle éthique puissant des expériences.

“La découverte des réactions atomiques en chaîne ne constitue pas pour l’humanité un danger plus grand que l’invention des allumettes. Mais nous devons tout entreprendre pour supprimer le mauvais usage du moyen. Dans l’état actuel de la technologie, seule une organisation supra-nationale peut nous protéger, si elle dispose d’un pouvoir exécutif suffisant. Quand nous aurons reconnu cette évidence, nous trouverons alors la force d’accomplir les sacrifices nécessaires pour la sauvegarde du genre humain .”

Nul doute que l’on puisse élargir le champ de la conscience scientifique à la recherche génétique et à la compréhension du vivant. Bien souvent, en effet, la conscience semble s’éveiller après avoir ouvert des voies nouvelles et suscité de nouveaux dangers. Une réflexion éthique s’impose donc !

L.V.V

La dynamique de l’agir chez l’homme d’après Leibniz

Evoquer une dynamique de l’agir chez l’homme, c’est considérer l’importance de ce qui peut susciter en lui une tendance à l’action, mais c’est aussi s’interroger sur la nature même d’une substance afin de savoir s’il est possible de découvrir dans son mode d’être, un élément qui justifie et par conséquent explique l’origine de nos actions. C’est également investir le système leibnizien dans sa totalité afin de saisir l’ampleur de l’activité substantielle d’un point de vue universel, dans le cadre de l’harmonie, mais aussi dans sa portée vis-à-vis d’un éventuel accès au royaume de la nature et de la Grâce, véritable récompense obtenue par les âmes vertueuses.

 

Qu’est-ce qui nous pousse à agir ? Ou plus précisément, qu’est-ce qui motive et engendre en nous l’action ? Un mouvement ou une force ? Et en quoi nos actes diffèrent-ils de ceux effectués par Dieu, ou par un quelconque animal ?

Posant ainsi la hiérarchie des monades au coeur de l’étude, nous référant alors à la Monade suprême lieu de toutes les perfections, puis à l’homme, (monade bien qu’inférieure en perfection à Dieu ), située en tête de la série monadique, nous verrons que l’acte chez l’homme prend toute son ampleur par la révélation d’un fond inconscient, qui éclairé par la raison peut engendrer une réflexion sur les actes incluant alors la responsabilité de celui qui les produit. L’homme contrairement à l’animal, peut réfléchir sur les conséquences de ses actions et ainsi, elles ont une portée morale voir même vertueuse, car l’homme doit au jugement dernier en rendre raison devant Dieu.

 

Leibniz est l’auteur d’une dynamique particulière, et se détachant de Descartes contre lequel il s’insurge dénonçant les erreurs de son système, il émet une critique face à la notion d’étendue et d’inertie réaffirmant alors la spécificité de la substance. Ainsi , il s’élève de la physique à un aspect plus métaphysique exposant les caractéristiques substantielles, d’une unité englobant une multiplicité, qu’il nomme alors perceptions, récusant le vide puisque les Monades perçoivent l’univers tout entier, sans qu’elles en aient toujours conscience. Dans une philosophie revalorisatrice de l’inconscient, que le cartésianisme avait évincé au profit d’une pensée orientée par l’irrévocabilité du “cogito”, Leibniz instaure un arrière-fond, un inconscient où se trouvent les inflexions premières de nos actes, d’où jaillissent nos tendances ou appétitions qui correspondent alors en quelque sorte à nos volontés. C’est sur un fond d’inquiétude que se détache alors une nature désirante qui détermine nos choix, véritables actes de connaissance, d’idées confuses qu’un travail, qu’un effort de l’esprit, tend à rendre distinctes; nos tendances inconscientes dont on ne peut rendre directement raison, orientent nos actes sur un fond constitué de pensées sourdes qui sont comme des petits ressorts semblables à des sollicitations internes encore inaperçues mais qui sont capitales dans la réalisation de nos décisions.

 

Orientant ainsi notre recherche, nous pouvons en un premier temps définir ce qu’est la substance, à partir de principes logiques qui sont à la base de sa constitution. Ils attestent déjà d’une unité construite et enfermant une pluralité de prédicats révélateurs d’une intériorité.

Aussi, envisageons plus en détail les qualités internes spécifiques à la substance considérant alors deux axes d’analyse :

- l’un sur la perception, élément qui permet à la Monade de se représenter ce qui se passe hors d’elle, et qui peut posséder divers degrés de distinctions dont nous dévoilerons l’importance dans la suite de notre exposé.

- l’autre sur l’appétition , principe interne de changement qui justifie d’une capacité de passer d’une perception à une autre, et peut alors être considéré comme un effort de changement, ce qui mettra en valeur un principe d’action substantiel davantage pensé comme force que comme mouvement.

 

En un troisième point, nous ne pouvons que constater la richesse interne de la substance, caractérisée par une force (Kraft comme le précise Leibniz), véritable puissance d’actualisation d’un contenu virtuel variable qui “s’efforce” vers l’avenir. Nous remarquons alors un effet d’ensemble harmonique où tout concourt selon le projet divin agencé initialement.

Notre propos de définir l’élément dynamique de la substance nous incline à examiner si dans son mode d’être elle n’est pas déjà active, et à poser une première interrogation : qu’est-ce que la substance ?

L.V.V

 

De l’âme

C’est une notion qui engage de nombreux problèmes philosophiques, et qui est aussi vieille que la philosophie grecque même si à travers les temps elle a revêtit diverses significations. Et lorsque Aristote affirme dans sa métaphysique « L’objet constant de toutes les recherches, présent et passé, c’est la question « ti to on » (qu’est-ce que l’être). » il faut c’est certain, y voir la question philosophique leibnizienne qui consiste à demander « pourquoi y-a-t-il quelque chose et non pas plutôt rien ?» . Etre philosophe c’est donc s’étonner des choses, de leur présence et le commencement philosophique chez Platon et Aristote c’est l’étonnement, universel.

Cette question a visé universelle englobe aussi bien et d’une façon privilégiée le questionnement lui-même. Et à la différence entre l’arbre et le caillou, l’homme est celui qui pose la question. La question de l’être rejaillit donc sur l’homme qui questionne et devient qu’est-ce que l’homme lui-même ? Pourquoi y-a-t-il un être qui au milieu de l’Etre, l’englobant, pose la question ? « Le propre de l’interrogation philosophique est de pouvoir se retourner sur elle-même » dira Merleau-Ponty. La thématique de l’âme est impliquée à ce niveau. La faculté de questionnement philosophique n’est-elle pas due à l’âme, à l’esprit ?

Aussi nous allons nous interroger sur l’âme pour tenter d’en trouver une définition, ou du moins d’en élaborer le concept.

D’abord, nous constatons qu’elle est à l’égard du monde comme de l’humain, un principe d’animation c’est-à-dire qu’elle est cause du mouvement. Elle est le principe d’animation du corps.

Puis, elle revêt une autre signification quant à l’esprit qu’elle incarne. Nous constaterons alors, qu’elle est aussi source de la rationalité, une faculté de réflexions. Ce qui la rend énigmatique. Nous l’associons alors à l’intelligence. Nous la distinguons de l’organe, à savoir le cerveau, ce qui complexifie la possibilité de la définir.

Enfin dans une dimension plus spirituelle et théologienne nous assistons à une transcendance de l’âme comme permanence et fondement de la foi. Elle est ce qui dans son individualité nous rattache au Tout.

En fait nous réalisons que du naturel au surnaturel l’âme est un principe d’explication possible, mais qui demeure mystérieux.

L.V.V

Les origines de la philosophie

Longtemps, nous avons considéré que la naissance de la philosophie avait eu lieu en Grèce, dans l’Antiquité. Tout comme l’affirmait Hegel dans Ses leçons sur l’histoire de la philosophie : “Les Grecs ont certes plus ou moins reçu les rudiments de leur religion, de leur culture, de leur consensus social, d’Asie, de Syrie et d’Egypte; mais ils ont effacé, transformé, élaboré, bouleversé ce que cette origine avait d’étranger, ils l’ont à ce point métamorphosé, que ce qu’ils ont comme nous apprécié, reconnu et aimé, est essentiellement leur”. Mais en y réfléchissant cela semble bien réducteur.

En réalité la philosophie est plurielle et continuellement rattachée aux différentes civilisations. C’est pourquoi aujourd’hui, il nous faut admettre la naissance de différents points ou foyers philosophiques, qui ont rayonné dans l’espace, géographiquement et dans le temps - ce qui explique une histoire de la philosophie, l’existence d’un corpus. Aussi, à ceux qui prétendent que la philosophie correspond à une activité intellectuelle qui consiste à “penser par soi-même”, je réplique : “pas seulement”.

En effet, si la philosophie est la recherche de la sagesse, elle correspond à un acte de la pensée mais aussi à une pratique vertueuse, à savoir une conduite morale. Mais, lorsque nous philosophons, aujourd’hui, nous ne pouvons ignorer ce corpus d’auteurs, ce creuset de réflexions que constituent l’ensemble des idéees, dans leur chronologie, leur histoire.

Aussi, réfléchir aujourd’hui, consiste à maîtriser un ensemble de concepts posés par les anciens, tout en les re-pensant. Ainsi, la philosophie n’est pas lettre morte mais une discipline dynamique, en perpétuel progrés. Elle est capable d’un renouvellement permanent. Elle doit se concevoir d’un point de vue universel, à l’image de ses questionnements qui relèvent d’universaux.

Nous pouvons en effet souligner que l’homme s’interroge, et que c’est son étonnement face au monde qui conditionne ses interrogations. Quelque soit sa situation (jadis en Egypte, en Inde, ou en Grèce… ou encore aujourd’hui en France, ou au Mexique), l’homme est jeté dans le monde et le regarde d’où il est. Mais dès qu’il a jeté les bases de sa connaissance, il la met à l’épreuve : il doute. Il questionne ces vérités immédiates, afin de rompre avec les préjugés, les croyances. Il parvient alors à une certitude : “il pense donc il est”. Pourtant, être ne va pas de soi. Surtout lorsque nous sommes des êtres conscients, dotés d’une intelligence. Alors, l’homme éprouve un vertige face aux enjeux qui sont les siens. Il n’est pas la pierre, la plante, la tasse posée sur la table. Il est un existant libre, et il se doit d’être responsable. L’existentialisme lui ouvre la voie vers la difficulté d’envisager son humanisme, et la grandeur de la tâche à accomplir.

Ainsi, nous pouvons en déduire que même si le Logos est influencé par le milieu, l’homme passe par trois étape de la pensée : l’étonnement, le doute, l’existentialisme. Ces dernières caractérisent un point commun aux hommes, même si chacun porte un regard neuf et singulier, et à partir de sa situation, sur le monde. La pratique de la philosophie permet donc de cheminer dans une aventure intellectuelle, dont chacun est un anti-héros : initié humble qui se doit de chercher.

 

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